Burn-out des enseignants et reconversion ­| Partir ou rester ?

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Partir ou rester ?

Que faire après un burn-out ? Quel dilemme ! Tous les profs passĂ©s par l’épuisement professionnel se sont inĂ©vitablement posĂ© la question : quitter l’Éducation nationale et la sĂ©curitĂ© de l’emploi ou emprunter une nouvelle voie professionnelle ? Le choix est cornĂ©lien, mais voici un cheminement qui facilitera ta prise de dĂ©cision. Burn-out des enseignants et reconversion : partir ou rester ?

Sortir du burn-out est un processus long et couteux en Ă©nergie. Il laisse parfois des blessures profondes Ă  soigner. Cela demande des semaines, des mois, dans les cas les plus sĂ©vères, des annĂ©es.  Inutile d’essayer de songer Ă  une quelconque reconversion durant ta convalescence. En effet, de rĂ©centes Ă©tudes scientifiques ont dĂ©montrĂ© que les fonctions cognitives Ă©taient partiellement altĂ©rĂ©es. Tu n’es donc pas en mesure de prendre une dĂ©cision aussi complexe. Pour cela, ta capacitĂ© Ă  rĂ©flĂ©chir, Ă  analyser, Ă  synthĂ©tiser des informations doit ĂŞtre au top ! Alors, patience. La prioritĂ© est de prendre soin de toi.

S’en sortir seule me semble impossible. Pour moi, l’Ă©tape incontournable dans le processus de guĂ©rison demeure le suivi psychologique avec de prĂ©fĂ©rence un expert de la souffrance au travail. Pour parvenir Ă  te livrer et Ă  aller jusqu’au bout de la dĂ©marche, tu dois te sentir en confiance avec ton thĂ©rapeute. Si ce n’est pas le cas, sans hĂ©sitation, change ! Je l’ai fait et je ne le regrette pas.

Un des objectifs de cet accompagnement est d’analyser ce qui t’a conduit Ă  te brĂ»ler les ailes. Les sĂ©ances bien menĂ©es t’obligent Ă  faire un retour en arrière pour comprendre qui tu es et comment tu t’es construite :

  • petite enfance ;
  • adolescence ;
  • parents ;
  • famille ;
  • amis ;
  • expĂ©riences professionnelles ;
  • etc.

Je ne te cache pas que cette introspection est parfois douloureuse. Tu constateras par toi-même que l’éducation reçue ou les traumatismes vécus impactent directement ton rapport aux autres et au travail. Les épreuves, les émotions volontairement ou inconsciemment enfouies t’explosent au visage. C’est le prix à payer pour reprendre pied et repartir sur des bases solides.

Christèle Albaret

Aujourd’hui, je sais que j’ai la nécessité de me sentir en sécurité, d’avoir une certaine liberté et des relations saines pour mon épanouissement personnel et professionnel.

La seule option pour moi Ă©tait donc de partir. Mes valeurs, mes croyances, mes besoins sont incompatibles avec les conditions de travail hostiles de l’Éducation nationale. J’ai passĂ© six ans Ă  m’adapter aux exigences de la fonction sans jamais y parvenir. La colère, la frustration, l’épuisement n’ont fait que grossir jusqu’à m’étouffer.

On choisit rarement cette profession par hasard. Sans parler de vocation, c’est généralement un métier de cœur. D’ailleurs, les enseignants victimes d’un burn-out adoraient leur travail, mais témoignent d’un investissement beaucoup trop important. Ce rythme hors de contrôle les a conduits tout droit en enfer. Si tu fais partie de cette catégorie et qu’en dépit de toutes ces souffrances, ta motivation reste intacte, alors persiste. Évidemment, apprends à modérer ton engagement et à lâcher-prise. Je t’encourage à reprendre tes fonctions en mi-temps thérapeutique. Ainsi, tu bénéficies d’un aménagement de ton temps de travail adapté à ton état de santé et sans perte de salaire.

« Afin de continuer à vivre, il faut essayer d’échapper à la mort contenue dans le perfectionnisme »

Hannah Arendt

Ce sont aussi parfois les circonstances qui ruinent notre santĂ© mentale :

  • une mauvaise ambiance dans l’école ;
  • un niveau de classe pas Ă  ta convenance ;
  • des supĂ©rieurs sans bienveillance ;
  • des parents irrespectueux ;
  • des Ă©lèves difficiles.

On le sait bien, les changements de poste ou d’établissement s’avèrent très laborieux dans l’Éducation nationale, mais tout est possible. Persévère, arme-toi de courage et fais appel à un syndicat pour te soutenir dans cette démarche. Sollicite un rendez-vous avec ta hiérarchie, actionne tous les leviers pour opérer un retour post-burn-out dans les meilleures conditions.

Tu peux aussi enseigner dans une autre administration. Le ministère des armĂ©es ou le ministère de l’agriculture recrutent rĂ©gulièrement des professeurs. Si tu postules et que ta candidature est retenue, tu devras solliciter une demande de dĂ©tachement de l’Éducation nationale.

Quoi qu’il en soit, reprends le travail avec quelques ajustements, car les mĂŞmes causes produisent les mĂŞmes effets.

Petite devinette : comment appelle-t-on les gens qui se sentent obligĂ©s de fournir leur avis sur tout ? Tu donnes ta langue au chat ? Ce sont des toutologues. Si, je t’assure, ce mot figure bien dans le dictionnaire. Ce sont des personnes qui se posent comme expertes dans tous les domaines. Je suis d’ailleurs certaine que tu en as dans ton entourage. Tu auras beau chercher Ă  les Ă©viter, malheureusement tu n’y Ă©chapperas pas. Crois-moi, j’ai essayé !

Lorsque j’évoquais mon envie de dĂ©missionner, j’étais souvent confrontĂ©e Ă  trois types de rĂ©actions :

  • L’empathie : tu as raison, ça ne vaut pas le coup de se rendre malade. Sauve-toi vite !
  • L’incomprĂ©hension : c’est bizarre, pourtant tu avais l’air d’aimer enseigner. C’est peut-ĂŞtre un mauvais passage. Allez, accroche-toi !
  • La froideur : mais tu es folle ! Tu ne te rends pas compte ! Tu es fonctionnaire, tu as des avantages que tu ne retrouveras nulle part ailleurs. Serre les dents, repose-toi et retourne au travail.

J’ai intĂ©grĂ© plus tard que les gens ne font qu’exprimer leurs propres angoisses.  N’y vois aucune malveillance. Tu es la seule Ă  savoir ce qui est bon pour toi. Tu n’as rien Ă  prouver Ă  personne. Ă”te-toi l’idĂ©e que tu risques de dĂ©cevoir tes proches si tu quittes l’Éducation nationale. Ta famille et tes amis t’aiment pour ce que tu es, pas pour le mĂ©tier que tu exerces. Laisse-toi guider par ton instinct. Il est gĂ©nĂ©ralement le meilleur des conseillers.

Le burn-out te laisse deux options : partir ou rester. La dĂ©cision t’appartient. Sois confiante ! Tu rebondiras comme je l’ai fait. Alors oĂą en es-tu de ta rĂ©flexion ?

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2 commentaires

  1. Bonjour CĂ©line,
    Je ne suis pas mĂ©decin, mais je peux m’appuyer sur mon expĂ©rience personnelle pour vous rĂ©pondre. Au fil du temps, vous allez rĂ©cupĂ©rer de l’Ă©nergie, retrouver l’envie de bouger et de voir du monde. Puis, la question de la reprise du travail va se poser. Vous saurez très vite si vous vous sentez capable de reprendre votre poste ou pas. Si ce n’est pas le cas, prenez le temps de vous interroger sur vos intĂ©rĂŞts professionnels, vos motivations, vos besoins, etc. Faites vous accompagner par un coach en reconversion professionnelle, une consultante en bilan de compĂ©tences, etc. Pour un bilan cognitif, rapprochez-vous de votre mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste qui vous aiguillera mieux que moi. Je vous souhaite bon courage.

  2. Bonjour Sandrine,
    Quand savoir que nous sommes sortis du burn out?
    Comment faire un bilan cognitif ? A qui s’adresser ?
    Merci pour toutes les infos précieuses que vous donnez

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